Mon père commettait cette erreur. Il prétendait nous éduquer, ma sœur, mes cinq frères et moi, à coup de punitions. Ancien sergent dans l'armée, il ne semblait connaître que la manière forte. Dans un sens, il nous trairait comme des petits soldats. Dès que nous osions lui tenir tête, il reprenait le dessus en proférant des menaces. Quand elles restaient sans effet, il pratiquait l'escalade :

- Continue à me parler sur ce ton, disait-il, et tu seras consigne pour une semaine.

Voyant que je persistais, il ajoutait :

—   Si tu ne cesses pas tout de suite, tu vas prendre deux semaines !

Constatant la parfaite inefficacité de ses menaces, il mettait alors à exécution :

— Tres bien, jeune homme, tu es privé de sortie pendant un mois. Et maintenant file dans ta chambre !

Elever le poids des sanctions ne produit aucun effet positif et ne fait que nourrir le ressentiment de l'enfant. Durant tout ce mois, je ne fis que me répéter combien mon père était injuste et cruel. Loin de m'incite? à l'écouter, son attinide ne fit que m'éloi-gner de lui. Son influence aurait été bien plus posi­tive s'il avait seulement dit :

— Puisque tu ne veux pas m'écouter, tu vas monter dans ta chambre et je reviendrai te voir dans dix minutes.

La punition avait autrefois pour but de rompre l'entêtement. Si cette méthode a pu amener certains à se montrer plus obéissants, ce n'est plus le cas de nos jours. Les jeunes d'aujourd'hui ne s'en laissent plus conter. Ils savent reconnaître l'injustice et l'abus, et refusent de s'y soumettre. Cela leur reste en tra­vers de la gorge, et ils se révoltent. Pire, la menace et le châtiment détruisent route forme de commu­nication. Autrement dit, à défaut de trouver une solution, les parents deviennent eux-mêmes une partie du problème.